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Les projets de Transparency 27 mai 2015
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Assistance juridique pour les témoins et les victimes de corruption, formation sur le whistleblowing et la bonne gouvernance, organisation de campagnes de sensibilisation, causeries et sketches au sein des ONG, des clubs et des écoles… L’équipe de Transparency Mauritius s’active sur plusieurs fronts. Et pourrait encore faire davantage avec plus de moyens, selon Rajen Bablee, executive director.

- Maurice se situait au 47e rang mondial sur 175 pays, concernant la perception de la corruption, selon Transparency International. Avec l’actualité récente, le pays risque-t-il de dégringoler dans le classement ?

Rajen Bablee : Il n’y a pas forcément un rapport de cause à effet direct. La perception du niveau de la corruption est évaluée en faisant la moyenne des indicateurs internationaux (de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International, de la Banque Africaine de Développement…). Habituellement la corruption est cachée et il est difficile d’en avoir une évaluation exacte. Le fait qu’elle soit mise au jour, exposée dans la presse, qu’elle fasse l’objet d’arrestation et de traduction en cour sont aussi autant de signes que des mécanismes ont été activés pour lutter contre elle.

- Au-delà de la perception, l’impact concret de la corruption est donc difficile à évaluer ?

Oui, mais ce qui est certain, c’est que la corruption dans un pays appauvrit sa population, réduit la qualité des services… car l’argent détourné n’atteint pas son objectif premier, à savoir rehausser la qualité de vie des citoyens. Nous avions planifié une étude sur l’impact de la corruption sur la société mauricienne, mais elle n’a pas pu être réalisée encore, faute de financement.

- Transparency Mauritius est affiliée à Transparency International. La branche mauricienne est-elle aussi financée par cette organisation internationale ?

Jusqu’à 2012, plus de 75% du budget de Transparency Mauritius provenait de Transparency International. Maintenant, ce n’est plus le cas, l’aide que nous recevons de TI nous sert plutôt à joindre les deux bouts pour couvrir les frais de fonctionnement, notamment. Nous avons fait appel à des sponsors privés, qui peuvent nous aider en devenant corporate members, en nous soutenant à hauteur de Rs 50.000 pour les Gold members ou Rs 100.000 pour les Platinium members (MCB, SBM, Air Mauritius). Nous pouvons également recevoir des contributions CSR. Et nous avons déjà reçu le soutien des ambassades, comme celle du Canada et des Etats-Unis pour des projets.

- Justement, quels projets menez-vous ?

Grâce au gouvernement canadien nous avons pu récemment mieux faire connaître nos services avec des campagnes de sensibilisation sur les méfaits de la corruption à la télé et sur des autobus. Nous avons aussi fait plaidoyer auprès du gouvernement et du secteur privé pour une loi-cadre sur le financement des partis politiques. Ce projet incluait aussi des causeries dans les clubs de jeunesse, les écoles… Projet que nous poursuivons d’ailleurs avec l’aide de l’ambassade des États Unis, si, par exemple, des ONG souhaitent nous contacter. Et toujours avec l’aide américaine, nous venons de lancer un concours à l’intention des étudiants sur la libre circulation de l’information. Nous poursuivrons avec un code de conduite réactualisé pour les élections du mois prochain et une campagne de sensibilisation générale à travers le pays incluant Rodrigues.

Nous continuons aussi un projet initié depuis 2011 grâce à l’aide de l’Union Européenne à travers Transparency International qui a permis la création d’un centre d’Assistance juridique et d’action civique ; 26 personnes nous ont contactés depuis le début de l’année. Nous répondons aux questions du public, aidons les témoins et les victimes à structurer les faits, et à voir s’il y a réellement matière à poursuite. Comme tous les cas ne relèvent pas de la corruption, nous orientons vers les institutions compétentes et les recours existants. Mais si un cas relève vraiment de corruption, nous accompagnons la victime dans ses démarches, en collaboration avec des professionnels du secteur légal (qui soutiennent Transparency Mauritius volontairement).

Nous avions commencé à travailler sur un projet de code d’éthique pour la police (mais ce projet est un suspens actuellement). Transparency Mauritius organise également le Prix du Journalisme d’investigation annuellement, pour encourager les professionnels des medias.

- Vous avez également réfléchi à sensibiliser le public sur la corruption avec des sketchs ?

Oui, l’expérience de la Comédie Mauricienne de Raj Gokhool en matière de sensibilisation sur les fléaux sociaux à travers le théâtre interactif nous a convaincu de développer un projet en commun. Pour qu’il touche le plus grand nombre de citoyens, nous avons aujourd’hui bien besoin de sponsors.

- Vous proposez aussi des formations, sur quels thèmes ?

Sur la demande d’entreprises du secteur privé, nous donnons des formations sur l’alerte éthique ou le whistleblowing*. Concrètement, nous offrons une facilité de conseils aux employés confrontés à des actes de corruption et nous faisons des recommandations aux boards des compagnies. Ces prestations ne sont pas facturées aux entreprises, mais nous les encourageons à faire un don à Transparency Mauritius.

- Des formations sur l’éthique et la bonne gouvernance peuvent aussi être accessibles aux ONG sur demande ?

Tout à fait. Et nous pouvons mettre à disposition une salle à notre bureau à Port-Louis, pour organiser des causeries et des formations.

- Vous travaillez aussi sur des plaidoyers ?

Oui, nous menons des plaidoyers pour un contrôle sur le financement des partis politiques, pour le droit à l’information, pour la transparence dans l’octroi des contrats publics, pour une révision de la loi anticorruption et celle sur la déclaration des avoirs et nous avons discuté avec le gouvernement pour la mise en application d’une loi sur le whistleblowing. Nous œuvrons aussi en collaboration avec d’autres acteurs, tel le JEC, le MEF, l’ICAC et le MIOD, entre autres, pour une culture d’éthique et de bonne gouvernance plus efficiente.

213.0796 – Hotline (tollfree) : 800 2555

*L’alerte éthique est le geste accompli par un individu qui est témoin, dans son activité professionnelle, d’actes illicites et qui, par civisme, décide d’alerter les autorités ayant le pouvoir d’y mettre fin. Les anglo-saxons désignent ce geste par l’expression whistleblowing, ce qui signifie littéralement « donner un coup de sifflet ».

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