Ces organisations qui redonnent le gout d'apprendre
Janvier rime avec rentrée scolaire. Pourtant, l’éducation ne se limite pas aux murs des écoles traditionnelles. Depuis plusieurs années, des organisations non gouvernementales s’engagent avec passion pour offrir à des centaines d’enfants la chance d’apprendre, de grandir et de croire en leur avenir, même lorsque le système classique ne correspond pas à leurs besoins.
Faciliter l’accès à l’éducation
En 2009, Soojanee Sok Appadu notait que le nombre d’enfants en situation de handicap incapables d’intégrer une école primaire classique était en augmentation. Pour répondre à ce besoin, elle a cofondé, la même année, l’organisation non gouvernementale Angel Special School à Chemin-Grenier. L’objectif était clair : permettre à ces enfants d’avoir accès à une éducation adaptée. Depuis sa création, l’école s’est développée et compte aujourd’hui une quarantaine d’élèves, répartis entre Chemin-Grenier et le Therapy and Training Centre à Rivière-des-Anguilles. Swavna Simathree, coordinatrice de la branche de Rivière-des-Anguilles, insiste sur l’importance de cette mission «Ces enfants ont du potentiel et doivent être préparés à se débrouiller de manière autonome plus tard.»
Au fil des années, Angel Special School a développé des méthodes pédagogiques centrées sur les besoins de chaque enfant. Certains suivent le cursus du cycle primaire, réussissent l’examen du Primary School Achievement Certificate (PSAC) et poursuivent leur scolarité secondaire dans un collège. Pour d’autres, l’accent est mis sur l’alphabétisation fonctionnelle, le développement personnel, l’acquisition de savoir-faire artisanaux ou manuels et des compétences sociales. Chaque parcours est pensé pour renforcer la confiance et l’autonomie des élèves, en tenant compte de leurs forces et de leurs besoins spécifiques.
L’espoir d’un avenir meilleur
Au sud-est de l’île, Mahebourg Espoir, affiliée à l’Adolescent Non-Formal Education Network (ANFEN), illustre également cette démarche. Cette organisation non gouvernementale accueille des adolescents qui rencontrent des difficultés à s’adapter au cursus du secondaire ou à l’environnement scolaire classique. Selon la directrice, Annick Jowrun, les élèves sont repérés par les travailleurs sociaux et viennent «tenter l’expérience», animés par leur désir d’apprendre.
Le programme proposé séduit particulièrement les jeunes car il combine alphabétisation fonctionnelle, activités pratiques et développement de compétences concrètes. Les élèves découvrent la coiffure, la cuisine et la pâtisserie, l’agriculture vivrière biologique, la mécanique et bien d’autres disciplines. Au terme de leur parcours, certains, âgés de 16 ou 17 ans, se soumettent aux examens du NC1, organisés conjointement par le Mauritius Institute of Training and Development et le Mauritius Examinations Syndicate, ouvrant la voie à la poursuite du NC2 dans une filière spécialisée. Cette approche permet aux jeunes de renforcer leur confiance, leur autonomie et d’envisager l’avenir avec optimisme.
Ne laisser aucun enfant au bord de la route
En 2018 , le Centre d’Accompagnement pour adolescents et adultes (CAPAA), fondé par Julien Lourdes et proposant jusque-là une éducation informelle à des enfants en difficulté d’apprentissage dans les faubourgs de Port-Louis, a fermé ses portes à la suite du décès de son fondateur. Pour les parents, ce fut un coup dur. Leur cri de détresse n’a pas laissé indifférente Marie Noëlle Ramdeen, directrice de Future Hope et son équipe.
Animés par la volonté de tendre la main à ces enfants et forts de compétences en alphabétisation fonctionnelle et en pédagogie interactive, elle et l’équipe ont alors mis sur pied une classe proposant une éducation alternative. Huit enfants ont rejoint cette initiative, conçue comme un nouveau départ sur le chemin de l’apprentissage.
La première année d’opération s’est avérée déterminante. Marie-Noëlle Ramdeen raconte : «Ces enfants ne pouvaient se présenter aux examens du PSAC ni intégrer un collège. Ils avaient besoin d’une pédagogie interactive, d’un accompagnement serré et d’un plan individualisé pour leur avenir. Il n’est pas acceptable qu’un enfant de 12 ans, après six années passées sur les bancs de l’école primaire, ne sache même pas écrire son nom.» C’est ainsi qu’est née l’École du Jour, qui accueille aujourd’hui une trentaine de jeunes de 12 à 16 ans. Le programme combine apprentissage des langues et des mathématiques, acquisition de valeurs essentielles et préparation progressive à l’intégration dans le monde du travail.
Les conditions qui favorisent l’apprentissage
Malgré des ressources limitées, ces écoles parviennent à accompagner leurs élèves sur le long terme et à prévenir le décrochage. Marie-Noelle Ramdeen soutient que «des valeurs telles que la bienveillance et le non-jugement au sein de l’école instaurent un climat de confiance, tant pour les élèves que pour leurs parents, favorisant un engagement durable des familles envers l’école et l’avenir de leurs enfants.»
Pour garantir des conditions optimales, Annick Jowrun insiste sur l’importance de l’alimentation. «Les légumes biologiques cultivés lors des cours d’agriculture sont utilisés pour les déjeuners. Les enfants bénéficient aussi d’un petit-déjeuner et d’un goûter, essentiels à leur bien-être et à leur concentration.»
Par ailleurs, Future Hope et Mahebourg Espoir accueillent régulièrement des étudiants étrangers en stage. Leur présence offre aux élèves une ouverture sur le monde, les incite à pratiquer le français et l’anglais et les expose à d’autres cultures. La préparation au monde du travail est également une composante essentielle des programmes. La collaboration avec les entreprises joue un rôle clé dans la projection de l’avenir de ces enfants. Annick Jowrun explique que «les entreprises, comme les hôtels locaux ou l’industrie sucrière, ouvrent leurs portes pour des visites et accueillent les enfants en stage afin de les initier au monde professionnel et leur montrer que le travail n’est pas si intimidant.»
À Angel Special School, Swavna Simathree précise que «L’éducation des enfants en situation de handicap est soutenue par des thérapies telles que la physiothérapie et l’orthophonie, offertes gratuitement aux élèves, ainsi que par la collaboration active des parents.» L’école se félicite que certains élèves aient réussi leurs examens du PSAC et poursuivent désormais leur scolarité au collège. Elle souligne toutefois que, pour l’assistance destinée aux candidats en situation de handicap dans le cadre du PSAC, les démarches administratives demeurent complexes.
Plus d’espace pour grandir et s’épanouir
Face à la demande croissante pour les places au sein de ces organisations, l’espace devient un enjeu majeur. La Angel Special School aménage actuellement de nouveaux locaux pour permettre aux enfants autistes, en particulier, de s’épanouir pleinement et de suivre leurs thérapies dans des salles adaptées. De son côté, Mahébourg Espoir prévoit la construction d’une salle polyvalente, offrant aux enfants un espace pour se défouler, s’exprimer et interagir, contribuant ainsi à mieux gérer leurs émotions et à renforcer la cohésion au sein de l’école. Future Hope rêve de locaux plus spacieux pour accueillir davantage d’élèves et développer ses activités, offrant ainsi un environnement propice à l’épanouissement de chacun.
Ces initiatives montrent que l’éducation ne se limite pas à la transmission des connaissances. Elle consiste à offrir un environnement sûr, inclusif et stimulant, où chaque enfant, quelle que soit sa situation, peut apprendre, grandir et se projeter dans l’avenir. Grâce à ces organisations, aucun enfant n’est laissé au bord de la route, et chacun peut découvrir le plaisir d’apprendre et de se réaliser pleinement.
Pour soutenir ou obtenir de l’aide, veuillez contacter :
• Angel Special School : 5 501 60 03
• Future Hope : 5 833 42 74
• Mahebourg Espoir : 631 23 83
Featured in Solidarité section of L'Express, Friday 30 January 2026.
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