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Renforcer des structures rodriguaises pour une meilleure prise en charge du handicap 19 juin 2018
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Le « Projet Handicap Rodrigues », lancé en avril dernier sous le Indian Ocean Disability Network (IODN), vient d’un besoin exprimé en 2016 par des acteurs rodriguais œuvrant dans le domaine du handicap : bénéficier d’un appui technique et de renforcement de capacités pour améliorer la prise en charge de personnes avec un handicap à Rodrigues. Rencontre avec Nadia Peerun, Project Manager du « Projet Handicap Rodrigues ».

Entretien réalisé en avril 2018

  • Le Indian Ocean Disability Network (IODN) a été formé lors d’une conférence régionale organisée par le Decentralised Cooperation Programme (DCP/EU) en mars 2014 à Maurice. Quel est le rôle du IODN ?
    Ce réseau a été créé dans le but de mettre en relation les organisations de l’océan Indien travaillant dans le domaine du handicap et les permettre de puiser des forces des unes et des autres. Découlant des réalisations du IODN, une étude nationale sur la situation du handicap à Maurice et à Rodrigues a été entreprise en 2016. Le but de cette étude était de dresser un état des lieux de la situation mauricienne et rodriguaise, avec un gros focus sur l’apport de chiffres concrets sur le handicap.

  • Vous aviez vous-même mené cette étude en 2016. Qu’a-t-elle permis de mettre en lumière au niveau de la situation du handicap à Rodrigues ?
    Qu’il existe à Rodrigues un gros manque en termes de soutien technique et structurel, même si la volonté de bien faire les choses et de bouger dans les bonnes directions sont là. Sur le plan médical, Rodrigues souffre d’un manque de spécialistes, incluant du personnel paramédical – ergothérapeutes, physiothérapeutes, etc. Mais l’île a une grosse structure de soutien communautaire – famille, voisins… –   qui est un atout et une force à partir de laquelle des choses extrêmement positives peuvent être construites !

  • Et en ce qui concerne l’accès des personnes avec un handicap à l’éducation et à l’emploi ?
    Au niveau de l’éducation, il existe à Rodrigues des écoles spécialisées pouvant prendre en charge des personnes porteuses de handicap mais la formation des éducatrices, offerte par le Ministère de l’Education mauricien, n’a pas été complétée ; elles ont terminé le premier niveau et attendent depuis sept ans la prochaine étape qui leur ferait accéder à une certification. Question employabilité, la loi y-relative, stipulant que toute organisation de plus de 35 salariés doit employer au moins 3 % personnes porteuses de handicap, n’est pas respectée, mais ceci relève aussi d’une question de logistique car il n’existe pas beaucoup d’entreprises de plus de 35 employés à Rodrigues.

  • Tout ce constat a mené au « Projet Handicap Rodrigues » sur lequel vous travaillez actuellement… En quoi consiste-t-il ?
    Lors de notre intervention terrain et au sein des « focus groups » menés à Rodrigues en 2016 auprès de différents acteurs du secteur du handicap, nous avons noté beaucoup de dynamisme et les interactions ont fait ressortir une demande et un besoin pour un soutien technique et plus d’expertise afin de mener à bien les actions de prise en charge des personnes atteintes de handicap. Il y avait une réelle volonté d’approfondir les connaissances sur le sujet et de monter en capacités. Nous avons donc écrit et soumis un projet allant dans cette optique de renforcement de capacités des acteurs du handicap à Rodrigues au DCP/EU auprès de qui nous avons obtenu un financement pour l’implémenter. Le projet est cofinancé par la HSBC.

  • Et vous l’avez lancé en avril dernier à Rodrigues…
    Oui, nous avons organisé une grande session d’information sur les objectifs du projet, à laquelle nous avons invité des personnes travaillant dans le secteur du handicap, qu’il s’agisse de commissions, de leaders communautaires ou d’associations, à travers du bouche-à-oreille (en allant d’abord voir les différentes commissions), et les médias rodriguais. Nous avons ainsi pu réunir une quarantaine de participants, dont 36 qui ont souhaité aller plus loin dans le projet et qui ont donc rempli les formulaires d’application sur place.

  • Quelle est la suite prévue pour ces personnes ?
    Nous devons sélectionner un maximum de 20 personnes pour la suite du programme, selon ce que nous avions établi dans le projet que nous avions rédigé. Nous avons tenté de réunir des participants motivés à créer un impact sur les personnes en situation de handicap à Rodrigues, disponibles pour assister à toutes les sessions prévues, bien répartis selon différents modèles d’organisations (communautaires, associatifs, ou étatiques) et touchant à différents types de handicap, un challenge pour nous qui aurons ensuite à proposer un module de formation répondant aux besoins de tous ces types de handicap ! Nous reviendrons vers les sélectionnés d’ici la mi-juin.

  • Comment les modules de formation ont-ils été travaillés ?
    En parallèle à la rencontre d’avril, nous avons eu une session de travail avec les participants afin d’évaluer les forces de Rodrigues dans le domaine du handicap et les besoins en termes de formation. Ceci, couplé à l’un des formulaires remplis qui visait à nous permettre d’établir un diagnostic de leur organisation et leurs motivations respectives, et couplé aux informations que nous avons pu recueillir sur le contexte du handicap à Rodrigues, nous a lancé sur l’élaboration de modules de formation répondant au mieux à leurs attentes et leurs besoins.
    Nous irons notamment sur les principes de bonne gouvernance en milieu associatif, l’inclusion de la personne avec un handicap, ses droits etc… A noter que les participants ont demandé que la formation soit basée sur les meilleures pratiques du monde associatif à Maurice, avec des exercices concrets, un peu ludiques, et des exemples clés d’outils qui pourront être reproduits par eux à Rodrigues. Nous avons tenté de moduler notre intervention en ce sens, le but étant qu’ils s’y retrouvent et atteignent le plus d’autonomie possible dans leurs manières d’opérer.

  • Quelles sont les bonnes pratiques d’ici dont Rodrigues pourrait s’inspirer et vice-versa ?
    Le réseau Inclusion Mauritius et son projet d’employabilité par exemple. A Rodrigues, il n’existe pas beaucoup ce genre d’approches encourageant l’employabilité de la personne avec un handicap.
    Les organisations rodriguaises ont aussi besoin d’être mieux informées sur les cadres légaux existants autour du handicap, qui sont des outils dont ils pourraient se servir pour faire du plaidoyer sur ce à quoi ils ont droit. Après, nous partagerons aussi les choses qui fonctionnent mal à Maurice, pour qu’ils ne s’en inspirent pas !
    De leur côté, même s’ils sont régis par des lois mauriciennes, ils ont une flexibilité d’implémentation des actions et projets que nous n’avons pas à Maurice en milieu associatif, grâce notamment à une très bonne coopération qui existe chez eux entre les commissions et les associations.
    Puis, la nature même du tissu associatif permet une grande synergie entre les organisations, davantage que ce qui est pratiqué à Maurice. Les organisations rodriguaises ont une réelle volonté de travailler ensemble, de s’améliorer et de pousser plus loin l’expérience commune acquise lors de formations.

  • A quoi aboutira le « Projet Handicap Rodrigues » ?
    Nous ne nous sommes pas mis d’impératifs absolus à atteindre. L’idée est de lancer la discussion, de créer la dynamique entre des acteurs clés du secteur pour qu’ils aient le désir de mettre en place ou non un projet commun. Nous leur laissons libre de décider de ce qu’ils souhaitent atteindre avec les outils transmis. Les associations mauriciennes embarquées sur ce projet sont l’APEIM qui est l’organisation leader, Friends in Hope, le EDYCS Epilepsy Group, la Global Rainbow Foundation et le réseau Inclusion Mauritius. Mais nous allons collaborer avec plusieurs autres associations pour couvrir tous les types de handicap.

  • A quelles difficultés vous faites face pour la mise en œuvre de ce projet ?
    Trouver les bons formateurs, qui en plus de maitriser le projet, pourront se passer de présentations Powerpoint et être créatifs dans leur approche ! Aussi, dans la même optique de renforcement de capacités, les formateurs devront donner aux participants les outils pour leur permettre d’établir un diagnostic, car à Rodrigues, le manque de possibilités de dépister tôt de potentiels signes de handicap retarde la prise en charge et freine son efficacité.
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