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Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie Drogues et alcool : prise en charge holistique centrée sur l’Humain 18 juil. 2018
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Entre prévention, « day-care », et réinsertion, le parcours thérapeutique proposé au Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie puise beaucoup de l’humain et de ses forces ! Bientôt 30 ans que l’ONG travaille auprès de personnes dépendantes aux drogues, dont l’alcool. Rencontre avec Brigitte Moutou, responsable de la thérapie et « doyenne de l’association » !

  • En octobre, le Centre de Solidarité pour une nouvelle vie (CDS) aura 30 ans et vous êtes là depuis les débuts ! Comment tout a commencé ?
    Au début (entre 1988 et 1995), le Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie (CDS) était un projet pilote financé par l’Etat à travers un Trust Fund. C’est par la suite que le CDS est passé à un statut d’ONG, composé d’un comité exécutif élu lors d’une assemblée générale.
    Mais à l’origine, c’est Monseigneur Margéot, entre autres personnes, qui avait pris connaissance du « Projet Homme » en Italie et l’a lancé ici sous un projet pilote. C’est ainsi que 13 personnes, dont moi, avaient suivi une formation en Italie pendant six mois afin d’implémenter le projet.
  • Ce fameux « Projet-Homme », qui est aujourd’hui la vision phare du CDS… En quoi consiste-t-il ?
    Il appelle à se focaliser sur l’homme, l’individu avant tout ! C’est un concept adapté à tout un chacun. Sous le « Projet-Homme », on est appelé à se responsabiliser et à connaître son importance en tant qu’humain. Le CDS a appliqué ce concept au cœur même de sa démarche de libération de la dépendance contre les substances qui détruisent l’être humain de l’intérieur, lui enlevant sa valeur et son estime de soi. Le « Projet Homme » permet de se revaloriser, reprendre confiance en soi et rajouter de la valeur à sa vie.

  • Trois décennies plus tard, quels sont ces aspects du combat du CDS qui n’ont pas changé ?
    Nous ne nous sommes pas éloignés de notre cœur de mission ; elle est restée la même, soit la prise en charge de personnes dépendantes aux substances (drogues et alcool), ainsi que la réhabilitation et la réinsertion de ces personnes. Le facteur principal favorisant la dépendance est aussi resté le même selon moi – c’est l’environnement qui joue un rôle majeur ; soit la drogue ou l’alcool est déjà présent/e au sein de l’environnement immédiat ou bien dans les cercles que nous fréquentons.

  • Et quelles sont les choses que vous avez vu évoluer (dans le bon sens ou le mauvais) ?
    Je note une attitude différente des personnes en thérapie aujourd’hui. Auparavant, les personnes qui s’engageaient sur le programme thérapeutique affichaient un sentiment de regrets, de culpabilité… Maintenant moins, je trouve, même si les personnes engagées sur le programme le font parce qu’elles veulent s’en sortir et qu’elles réalisent que leur dépendance est devenue problématique ! C’est peut-être dû au type de produits pris aujourd’hui, qui modifient leur comportement et leur façon de réagir face à ce qui se passe autour d’elles.
    Une autre différence auprès d’avant, je pense, est qu’auparavant notre mission était vraiment prise à cœur par tout un chacun et le volontariat était bien présent ! Il s’agissait de donner sans rien attendre en retour ! C’est bien plus compliqué aujourd’hui d’avoir des personnes dévouées à notre cause, investies et impliquées dans le bien-être d’autrui. C’est attristant !
    Ce qui a changé aussi, c’est notre méthode de réhabilitation, qui comprenait avant un sevrage naturel, tandis qu’aujourd’hui il faut passer par la case détox, qui est une étape sous médication. Puis il y a les parents qui adoptent un rôle différent…
  • Un rôle plutôt positif ou négatif ?
    Les parents ont toujours accompagné leurs proches jusque chez nous. Mais 30 ans auparavant, ils étaient plus présents, se souciaient plus de bien respecter les exigences du centre. Aujourd’hui, ils font leur devoir et c’est tout, ils s’engagent moins dans le processus de réhabilitation, par manque de temps souvent, parce qu’ils travaillent.
    Mais leur rôle est primordial pour nous dans le travail de réhabilitation. A chaque étape, du début à la fin, nous avons les thérapies familiales, dans lesquelles nous incluons les parents. 

  • Diriez-vous que le CDS a évolué avec son temps ?
    L’informatisation et les recherches de plus en plus poussées nous ont amené à avoir plus d’ouverture sur les dernières nouveautés en ce qui concerne les thérapies et les formations en lien avec la dépendance aux drogues, dont l’alcool, et la réhabilitation, nos champs primaires d’intervention. Il s’agissait aussi de bien comprendre les étapes évolutives des substances en circulation, afin de mieux nous adapter aux besoins des clients (ndlr : les usagers de l’association et utilisateurs de ses services). 
  • Les substances évoluent en effet, et de nouveaux produits entrent en scène à grande vitesse. On parle beaucoup de drogues synthétiques parmi les jeunes…
    Au CDS, nous devons adapter notre programme déjà établi à ce phénomène modulé plus au moins par des composantes de drogues qui changent de jour en jour et à ses effets néfastes sur nos jeunes. Nous avons en effet constaté que les substances synthétiques fabriquées de part et d’autre sont de plus en plus dangereuses. En tant que professionnels, nous faisons beaucoup de recherches et de formations pour mieux nous adapter et répondre aux besoins spécifiques qui en découlent. Le problème étant majeur, la tâche étant rude, nous nous armons de toutes ressources possibles afin que ces substances ne soient pas fatales pour notre société.
    L’un des problèmes auquel nous faisons face est que les jeunes qui consomment de la drogue de synthèse ont un comportement violent. Ils ne veulent pas intégrer le programme malgré l’insistance des parents. Il leur est très facile de se procurer cette drogue, ce qui complique les choses pour nous quand nous les aidons à se défaire d’une dépendance.

  • Comment ces jeunes sont pris en charge chez vous ?
    Notre même programme thérapeutique leur est proposé. Comme nous ne pouvons pas prendre de mineurs dans notre programme résidentiel, nous entamons avec eux des sessions de counseling (nous recevons en moyenne 2-3 mineurs par mois) … Mais il est difficile pour un adolescent d’adhérer au programme, car il existe des facteurs de changements hormonaux et biologiques qui entravent leur vision du programme et leurs capacités à faire le travail nécessaire sur eux-mêmes, notamment au niveau de l’estime de soi et de l’affirmation de soi ! Là encore, le parent a un rôle très important à jouer, car face à un surplus d’émotions et pour se construire dans sa vie d’adulte, le jeune a besoin d’écoute plus que de choses matérielles.
    Il est à noter que de manière générale, la moyenne d’âge des consommateurs de drogues a baissé, elle est passée d’une moyenne d’âge de plus de 25 ans à autour des 22 ans aujourd’hui !
  • De manière générale, la structure interne des services du CDS comporte trois unités distinctes : prévention, « day-care » et réinsertion. Pouvez-vous donner plus de détails sur ces différents services ?
    En effet, le CDS comprend une structure avec trois départements bien distincts et en même temps, bien complémentaires !
    L’unité de prévention apporte information et formations autour de tout ce qui touche aux drogues, surtout pour les jeunes de différentes parties de l’île. Notre centre de prévention s’appelle « Noubaz » et se trouve à Curepipe.
    Au service « Day-Care », qui se trouve à Rose-Hill, commence le processus de réhabilitation. C’est là que s’établit le premier contact entre le client, usager de l’association, et ses accompagnateurs. Le client fera ensuite un protocole de détoxification pour entamer le programme, dans lequel il sera pris en charge et préparé pour l’étape résidentielle. L’objectif du service « Day-Care » est de l’amener à prendre de la distance avec les substances et son ancien environnement qui créent chez lui la dépendance, et d’amorcer un début de changement de comportement.
    L’étape résidentielle se fait à Solitude, sous un autre programme bien établi. Ici, le client sera confronté à la vie en communauté restreinte avec d’autres résidents, pour un programme thérapeutique durant de 4 à 6 mois. Cette période est nécessaire pour lui permettre de faire un travail approfondi sur son passé, de remettre en question sa situation actuelle, d’identifier ses forces et ses faiblesses. L’objectif est qu’il parvienne à se dresser un projet de vie.
    A la fin du parcours résidentiel, le client intègre la « Réinsertion », sous lequel il est appelé à réintégrer la société, ceci incluant son cercle familial et professionnel, avec l’accompagnement régulier d’un animateur qui lui apporte aide, soutien psychologique, et appui. 
  • Combien de temps dure le programme ?
    En tout, entre un an et demi et deux ans, avec des risques de rechute qui font partie de tout processus de changement, qu’il s’agisse d’une thérapie pour sortir d’une dépendance ou d’un régime alimentaire !

Pour contacter le Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie : 464- 9980

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