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PILS - Prévention Information et Lutte contre le Sida Hépatite C : Dix fois plus infectieux que le VIH 19 juil. 2015
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En amont du 28 juillet, Journée mondiale contre l’hépatite, focus sur les modes de transmission de l’hépatite C, le dépistage, les traitements… avec Nudhar Bundhoo, chargée de plaidoyer à PILS.

- De quelles données dispose-t-on sur l’hépatite C (nombre de patients, progression de l’épidémie …) à Maurice ?

Aucune donnée n'a été collectée spécifiquement dans ce domaine. Des données peuvent être disponibles pour les donneurs de sang et les patients sous dialyse rénales. Tous les échantillons de sang des femmes enceintes sont aussi testés pour le VHC durant leurs soins prénataux. Aussi tous les patients séropositifs, tous les patients sur le traitement de la méthadone et ceux sur le programme d'échange de seringues sont testés pour le VHC.
En raison du manque de données, nous ne savons pas si l'épidémie est concentrée au sein d’une population spécifique ou si Maurice fait face à une épidémie généralisée dans la population générale.

- Quels sont les modes de transmission ?

L'hépatite C se transmet généralement lorsque le sang d'une personne infectée par le virus de l'hépatite C pénètre dans le corps de quelqu’un d’autre. Les gens peuvent être infectés par le virus de l'hépatite C au cours d’activités telles que le partage d'aiguilles, de seringues ou autre matériel d'injection ou lors de blessures par piqûres d'aiguille dans les établissements de soins. La transmission est aussi possible de mère à enfant.

Moins fréquemment, une personne peut être infectée par l'hépatite C lors du partage d'articles de soins personnels qui peuvent avoir été en contact avec le sang d'une autre personne, tels que les rasoirs ou les brosses à dents (sur lesquels il peut y avoir des traces de sang). Et le virus est transmissible par contact sexuel avec une personne infectée par le virus de l'hépatite C (surtout en cas de saignement rectal, en présence d'une autre infection sexuellement transmissible ou de rapports sexuels non protégés avec des partenaires multiples).

La transmission peut également se produire au cours de tatouage ou piercing, lorsque des équipements non stérilisés sont utilisés.

- C’est un virus méconnu, pourtant il est plus transmissible que le VIH et « survit plus longtemps » ?

On estime que le virus de l'hépatite C est 10 fois plus infectieux que le VIH par contact de sang à sang. Contrairement au VIH, qui meurt en quelques minutes à l'extérieur du corps, le VHC reste infectieux même après que le sang ait séché. Le VHC est un virus plus résistant et plus petit que le VIH. Il peut demeurer infectieux pendant des jours ou des semaines dans des seringues, du coton, de l'eau et des seringues de mesure. Il faut noter aussi qu’une personne peut également être infectée par plus d'un type de virus de l'hépatite C dans le même temps.

- Il n’y a pas de vaccin contre l’hépatite C, mais les traitements existent depuis plusieurs années. Comme ils étaient « trop » chers jusqu’à présent, ils n’étaient pas distribués à tous les patients dans le système hospitalier public. Cependant, Maurice est aujourd’hui éligible pour obtenir des traitements génériques efficaces. Cet espoir a quel coût ?

Maurice est éligible pour obtenir, à des prix réduits, des nouveaux traitements pour le VHC auprès de deux laboratoires notamment Gilead et Bristol-Myers Squibb (BMS). De Gilead, Maurice est éligible pour obtenir à prix réduit le Sofosbuvir et Harvoni. Et de BMS, Maurice aura un prix compétitif pour Daclatasvir.

Les négociations sont toujours en cours entre Gilead et le Ministère de la Santé en ce qui concerne le prix. A noter qu’aux États-Unis, Gilead a fixé le prix de ce médicament à $ 84,000 pour un traitement de trois mois, c’est à dire 1000 $ par pilule. En France, le traitement coûte environ $ 51 000. Par contre, les pays à faible revenu tels que Madagascar sont éligibles pour le traitement de Sofosbuvir à 900 dollars.

- Le Ministre de la Santé a annoncé étudier la possibilité de donner ce traitement générique dans le système public, est-ce que PILS travaille avec le Ministère sur cette question ? Ce traitement doit être très attendu des patients co-infectés VIH-Hépatite C ?

Il y a actuellement un comité au Ministère de la Santé qui travaille pour obtenir le traitement. Les négociations avec les laboratoires ont commencé. L’inclusion de la société civile est importante dans ce comité. Comme pour le VIH, la réponse pour le VHC devrait être multisectorielle. Pour viser une réponse efficace, toutes les parties prenantes seraient alors impliquées, notamment le Ministère de la Santé, les représentants des laboratoires, de l'éducation, des finances et de la justice ainsi que le secteur privé et la société civile. Le patient devrait aussi être au centre de la réponse.

Un plan national élaboré pour contrer le VHC dans un tel comité se pencherait non seulement sur le traitement, mais inclurait également la prévention, le diagnostic et la sensibilisation. Un tel plan VHC national manque vraiment. Par exemple, fait défaut aujourd’hui un travail de sensibilisation du grand public financé par le gouvernement sur l’hépatite C.

- Quand un bénéficiaire de PILS décède, pouvez-vous déterminer si le décès est causé par le VIH ou l’hépatite C ? Existe-t-il des statistiques, des études dans ce sens, à PILS ou au niveau national ?

Non. Comparé au VIH, l'hépatite C est une infection plus susceptible d'être encore méconnue au moment du décès d'une personne. Beaucoup de gens sont diagnostiqués, mais ignorent le stade de leur maladie. Les personnes vivant avec le VIH sont aussi testés pour le VHC, mais parce que la progression de l'hépatite C est lente et peut prendre de nombreuses années avant que la personne commence à tomber malade, les patients sont moins préoccupés par le VHC.
Une fois qu'un patient est hospitalisé, en raison du manque d'information sur le diagnostic, la famille croit que l'abus d’alcool ou le traitement à la méthadone est en train de tuer le patient, alors qu'il est plus certain que le patient a développé une maladie chronique du foie. Et avec le temps, cela dégénère en cirrhose ou cancer.

- Traiter une personne pour le VIH et la laisser mourir des complications dues à l’hépatite C semble un non-sens, voire une injustice ?

L’accès à la santé devrait être universel. Cependant, à Maurice, le traitement gratuit dans les hôpitaux est actuellement réservé seulement aux personnes infectées par le VHC par transfusion sanguine avant 1994. A cette époque, le VHC n'était pas dépisté dans les dons de sang, et avant les transfusions sanguines. Aussi par méconnaissance, les gens n’ont pas cherché à avoir le traitement. Beaucoup de Mauriciens ne sont même pas conscients de leur statut VHC comme ils ne sont pas encouragés à se faire dépister. Les campagnes de prévention et de sensibilisation organisées par le Ministère de la santé sur l'hépatite C sont quasiment inexistantes.

Traiter les gens avec une hépatite a un coût, mais ne pas les traiter a un coût plus lourd ensuite. Aux États-Unis, l'infection chronique par le VHC est la cause principale nécessitant une transplantation du foie. A Maurice, les symptômes sont traités dans les hôpitaux publics et incluent la nausée, la jaunisse, la cirrhose et le cancer du foie. Comme la majorité des cas ne sont pas dépistés et sont donc non-traités, il est très probable que le fardeau de la maladie du foie va augmenter de façon exponentielle au fil du temps et va complètement submerger la capacité actuelle de nos services de santé, au cours de la prochaine décennie.

- Est-il possible de limiter la transmission de l’hépatite C de la mère à l’enfant, comme cela se fait avec le VIH ? Est-ce qu’un protocole est mis en place dans les hôpitaux pour limiter les risques ?

La transmission entre une mère vivant avec le VHC et son bébé est possible. Le risque est plus grand quand la mère vit avec le VIH. Il n’y a pas de traitement disponible pour empêcher cette transmission. Il n'y a pas de protocole mis en place pour le traitement comme c’est le cas pour le VIH. Le bébé peut être testé pour le VHC après 18 mois et l'allaitement est déconseillé surtout si la mère a des fissurations ou des saignements aux mamelons.

- Le dépistage de l’hépatite C est facilement accessible ?

Oui. Le test est disponible dans les établissements de santé publics ainsi que dans les cliniques privées. Malheureusement beaucoup de gens ne sont pas informés de l’existence de ce virus ou ont peur de se faire tester. Des raisons peuvent expliquer cette réticence à se faire dépister ou le retard à se faire tester.

En l’absence de symptôme, les gens ne vont pas avoir le réflexe d’aller se faire dépister. A noter qu’environ 15% -25% de personnes arrivent à éliminer le virus de leur corps sans traitement et ne développent pas une infection chronique; les raisons ne sont pas bien connus. Le VHC est souvent lié à des personnes qui utilisent des drogues injectables. Les usagers de drogue représentent un des groupes les plus marginalisés du monde. La stigmatisation liée à ce virus est encore très élevée, ce qui peut expliquer pourquoi les gens ne se font pas encore systématiquement tester pour le VHC.

- Sur la question de l’hépatite C, le plaidoyer se fait-il en réseau avec plusieurs ONG ? Votre objectif ?

Il y a un an, nous avons mobilisé les ONG qui travaillent directement ou indirectement avec des personnes infectées par le VHC. L'objectif est de promouvoir le dépistage et de discuter de diverses stratégies de prévention parmi les clients des ONG et finalement dans les communautés. Nous avons maintenant besoin d'élaborer des stratégies pour atteindre les professionnels de la santé dont les activités impliquent souvent le contact avec le sang et éventuellement d'étendre la sensibilisation à la population générale.

Le plaidoyer qui est mené sera ainsi renforcé si les gens savent s’ils sont infectés ou pas, et que les patients eux même se mobilisent pour demander d’avoir accès à des traitements efficaces et à un suivi par des spécialistes. Bien sûr, la prévention, le traitement et le suivi des patients devront se faire dans un cadre défini travaillé par tous les stakeholders. Comment par exemple demander un bon diagnostic sur la charge virale ou le génotypage du VHC quand notre laboratoire n’a pas les équipements nécessaires ou le ressources pour procurer des reagents ?

- Quelles sont les stratégies de prévention envisageables ?

Des campagnes de sensibilisation se concentrant également sur les mesures préventives, qui sont des moyens de réduire les risques de transmission du virus. Aujourd'hui, nous avons deux programmes de réduction des risques importants qui ont prouvé leur efficacité avec la réduction de prévalence du VIH et du VHC chez les personnes qui consomment des drogues injectables. Si une personne utilise des équipements d'injection propres à injecter des drogues, il ne pourra pas transmettre le VIH ou le VHC. Ces programmes doivent être soutenus et être plus client-friendly.

 

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